Critique du moment présent


Non classé / mardi, mai 15th, 2018

HorlogeDes millions de personnes ont lu « Le pouvoir du moment présent » D’Eckhart Tolle, j’en fais partie, je l’ai même lu plusieurs fois. De nombreux auteurs ont écrit sur l’importance de vivre dans le présent et sur les bénéfices que ça peut engendrer.

Les gens comme moi, qui s’inscrivent dans une démarche de développement personnel ont pu en constater les difficultés, les bénéfices, mais surtout l’impossibilité de cette tâche sur le long terme.

Il y a toujours un moment où notre attention va être focalisée sur autre chose, comme un objectif, un problème, etc.

C’est pourquoi j’aimerais vous présenter cet extrait, qui, de façon inattendue, m’a présenté une critique sur le moment présent, mais plus encore…

 » Les personnalités frontales nous font comprendre qu’un homme ne peut vivre sa condition humaine que lorsqu’il parvient à se libérer du présent. Or la personnalité frontale ne vit qu’au présent, un présent incessant, une succession de présent dans un monde ou rien de son passé ne persévère et aucun avenir ne se figure. Puisqu’il n’évoque plus les temps révolus, aucun échec ancien ne peut le faire souffrir. Et, comme il n’anticipe plus et ne peut rien planifier, il n’éprouve plus l’angoisse de l’avenir. Aucun espoir déçu, aucune angoisse de perte ne peut le torturer. Immobile, visage figé, il ne répond qu’à ce qui passe autour de lui, l’interpelle ou le bouscule. Il s’en détache dès que l’événement est passé, car, prisonnier du présent, il ne peut que lui répliquer. Comme cette jeune femme immobile et indifférente qui, dès qu’elle voyait passer un jeune homme, « en proie à des passions [prenait] des attitudes séductrices et des recherches érotiques » après l’ablation de la tumeur frontale, elle mourait de honte en évoquant ses comportements passés.

L’homme lobotomisé demeure immobile, alors qu’il a tout pour marcher. Il n’enchaîne pas deux mots, alors qu’il a tout pour parler. Il vit assis, immuable, sans passé, sans projet, sans angoisse, sans ennui, et pourtant personne ne parle de bonheur. La clinique des lobotomies nous conduit à un douloureux paradoxe de la condition humaine : sans angoisse et sans souffrance, l’existence perdrait son goût.

Ceux qui prétendent organiser une culture sécuritaire qui détruirait l’angoisse et nous offrirait des distractions incessantes pour lutter contre l’ennui nous proposent-ils autre chose qu’une lobotomie culturelle ? Si une telle culture existait, nous connaîtrions une succession de bien-être immédiats, nous serions satisfaits, dans un état dépourvu de sens, car nous n’éprouverions qu’une succession de présents. »

 » Quand un sujet historisé bute sur un mot, il manifeste toujours un peu d’agacement. Lorsqu’un lobotomisé cherche un mot et ne le trouve pas, il s’arrête et se tait, puisque, n’éprouvant ni futur ni altérité, il ne peut être déçu. Un sujet historisé anticipe un scénario de plaisir ou de vengeance : « je vais lui dire, moi, ce que je pense » mais quand il rate un mot et que cette anomie empêche la réalisation de son désir, il éprouve une déception irritée. Pas d’imaginaire au contraire chez le lobotomisé sans futur, donc pas de frustration. S’il manque un mot, il ne cherche pas la périphrase ou le commentaire circonlocutoire qui lui permettait d’atteindre son but.

 » Les lobotomisés, qui vivent le temps comme un pointillé de présents, n’ont aucuns sens de l’empathie. S’ils pissent sous eux, ce n’est pas parce qu’ils ont des troubles sphinctériens, mais parce que soumis à leur envie de pisser, ils y répondent sans tenir compte de l’effet que ça produit chez l’autre. Car l’angoisse nous contraint à la créativité, et la culpabilité nous invite au respect. Sans angoisses, nous passerions notre vie couchés. Et sans culpabilité, nous resterions soumis à nos pulsions.

L’angoisse n’est digne d’éloges que lorsqu’elle est source de création. Elle nous pousse à lutter contre le vertige du vide en le remplissant de représentations. Elle devient source d’élan vers l’autre ou de recherche de contact comme lors des étreintes anxieuses. La culpabilité ne nous invite au respect que lorsque la représentation du temps permet d’éprouver les fautes passées, de craindre les fautes à venir, afin de préserver le monde de l’autre et de ne pas lui nuire.

Quand le sentiment de vide provoqué par la représentation d’une absence n’est pas rempli par des créations agies, affectivées et mentalisées, l’angoisse se transforme en force inutile, en pulsion vers rien, comme une violence informe qui nous pousserait sur le bord d’une fenêtre… »

P.84-87 « L’ENSORCELLEMENT DU MONDE » Boris Cyrulnik, éditions Odile Jacob.

Cet extrait m’a permis de comprendre que ce n’est ni possible ni souhaitable, d’être tout le temps dans le moment présent. Mais surtout, il m’a permis de mieux accepter toutes ces choses difficiles à vivre, ces sensations de vides, d’angoisses et de culpabilité que nous expérimentons tous. Mais plus fou encore, cet extrait m’a réconcilié avec ses sensations et m’a fait comprendre qu’enfaite, j’ai de la chance de les avoirs, car c’est grâce à elles que je suis vraiment « vivant », que je suis créatif, etc.

Après, je pense toujours que le livre d’Eckhart Tolle est génial, que c’est bénéfique d’être dans le moment présent, d’ailleurs j’essaie toujours d’y être le plus souvent possible.

Mais maintenant, ça ne me dérange pas d’aller loin dans le passé ou loin dans le futur, car j’ai la chance de pouvoir le faire et ça me permet de grandir aussi.

Cependant, saisir le moment est toujours la meilleure des choses, et ses sensations « négatives » sont uniquement là pour nous indiquer que ça ne va pas et qu’on doit passer à l’action. Ce n’est pas des sensations à rechercher, à créer volontairement (à part si vous êtes sado…). C’est juste des sensations à accueillir comme des opportunités de grandir.

Pour finir, j’espère que cet extrait vous a inspiré autant que moi et vous a permis de faire un pas de plus dans l’accueil et l’épanouissement de soi. Mais je suis curieux d’avoir votre point de vue et de voir ce que l’extrait vous a évoqué, donc n’hésitez pas à commenter.

Raphaël

Voici les livres en questions, je vous en recommande la lecture.

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