Comment rester soi-même tout en étant avec les autres ?


Non classé / jeudi, août 16th, 2018

Nous nous situons dans un milieu ou tout s’individualise, cela est dû à la société capitaliste, où une personne peut & doit posséder toute sorte de choses, comme des droits, des devoirs, des richesses, etc. Dans une certaine mesure, celles-ci nous définissent. Par exemple dès le plus jeune âge les parents donnent une chambre au petit, qui au bout d’un certain âge pourra même posséder la clé pour maitriser les entrées dans « sa » chambre. Dans les sociétés plus anciennes, les individus possédaient des « destinées », suivant là où ils naissaient : si ton père était charpentier, tu devenais charpentier. On ne contrôlait pas notre évolution, c’était notre famille et la classe sociale à laquelle elle appartenait.

Aujourd’hui même avec le capitalisme et la démocratie, on a pu observer que les individus se faisaient façonner par leur entourage, comme l’étude de Bourdieu avec l’habitus. Et plus précisément, l’étude de Pociello avec la version sportive de l’habitus :

« la place que l’on occupe dans la société conditionne le type de rapport que l’on entretient avec son corps et détermine grandement les usages, notamment sportifs que l’on en fait »

(C.Pociello, la force, l’énergie, la grâce et les réflexes, in Pociello, C [dir.], Sport et société, Vigot, 1981)

Cependant, cette étude a quelques années (37 ans !), et aujourd’hui d’énormes évolutions peuvent apparaître en l’espace d’une année. De plus en plus, le monde s’ouvre et des possibilités apparaissent pour toute sorte d’individus. Tout peut se réaliser pour celui qui arrive à travailler de façon intelligente et qui croit en lui. L’accès à l’information et la démocratisation des activités permettent aux individus de découvrir le style de vie de tout le monde, et de le désirer, et au bout de certaines années et quantités d’efforts, de l’obtenir. Avant l’information se transmettait plus difficilement, donc les gens ne voyaient que le style de vie de leur entourage et ne connaissaient pas forcément d’autres possibilités, du coup ils faisaient automatiquement comme leur entourage. Maintenant, c’est différent, une personne peut aisément voir le style de vie d’une autre personne extrêmement différente de lui. Elle peut voir les avantages que cela procure, mais aussi comment la personne en est arrivée là pour ensuite reproduire les mêmes stratégies et obtenir les avantages. De même, une personne peut être soumise à une quantité phénoménale de publicités, qui peuvent donner une envie de pratiquer telle activité ou d’acheter, alors que son entourage proche ne pratiquait pas cela. Bref, aujourd’hui le cercle d’influence autour d’un individu ne cesse de grandir, toute la journée il est influencé : publicités, entourage, idoles, romans, réseaux sociaux, etc. Tout va l’influencer. C’est pourquoi tant de personnes perdent le sens de leurs vies, parce qu’elles sont perdues face à toutes ses sollicitations et ne savent plus vers où aller. Ceci engendre de grands mal-être qui peuvent même provoquer des suicides.

Petit aparté :

Savez-vous qu’aujourd’hui chaque année nous trouvons plus de victimes de suicides que de guerres et terrorisme réunis ?

Pourtant, je n’entends parler que de ces derniers, je n’ai jamais vu une « campagne anti suicide », alors que la prévention routière et Vigipirate courent les rues. On dénombre 3500 victimes d’accidents de la route en 2016, et pas plus de 238 victimes de terrorisme de 2015 jusqu’à 2018, alors qu’on comptabilise les victimes de suicides à plus 11 000 morts par ans en France.

Pour Halbwachs, en 1930, c’est le « vide social » créé autour de l’individu qui cause le suicide. Selon cette théorie, il existerait plusieurs mécanismes suicidogènes :

– La désintégration du groupe social (excès d’individualisation) : c’est le suicide égoïste ;

– La surintégration sociale (insuffisance d’individualisation) : on parle de suicide altruiste des sociétés primitives.

– La dislocation anarchique du groupe social (au cours des crises économiques, politiques ou sociales) : c’est le suicide anomique.

– L’excès de réglementation sociale : c’est le suicide fataliste.

Comment s’influencer principalement par soi-même ? Comment rester sur son chemin et ne pas prendre le chemin d’un autre ?

Premièrement en partant de soi-même, de ses ressources, de ses états physiques, psychiques et de ses propres désirs, certes, ces derniers ne viennent pas de soi à 100 %, car on nous a influencés toute notre vie. Cependant malgré notre entourage, nous possédons tous une sensibilité différente vis-à-vis d’une même influence. Cela pourrait revenir à dire que notre sensibilité nous définit. En effet, on possède l’exclusivité de celle-ci et c’est grâce à elle qu’on va identifier nos besoins, désirs, etc. Quand on se sentira fatigué, on ressentira le besoin d’aller dormir. Cela n’est propre qu’à nous, à personne d’autre. En effet, personne ne peut nous dire qu’à tel moment nous devrons nous sentir fatigués. Cela s’applique à tout, nous sommes les seuls détenteurs de nos sensations et sentiments, c’est ce qui rend ces informations si précieuses et c’est pourquoi nous devons les prendre en compte avant, pendant et après une action. C’est en écoutant ses sens et en les traduisant en besoin qu’on deviendra notre principale source d’influence et qu’on restera sur notre chemin. La difficulté finalement, c’est d’accepter nos obstacles, de les sentir, car ça remet en cause notre puissance d’action. Paradoxalement, c’est sentir ces obstacles, les accepter, qui nous permettra de les dépasser et de sortir plus libres et forts. Mais ça reste une difficulté : faire face aux obstacles, c’est un apprentissage, ça prend du temps et on est souvent tenté de les ignorer ou de se mentir, ce qui cause une stagnation, souvent source de frustration. En effet, un des besoins profonds de l’humain, ce qui lui a permis de survivre durant tous ses millénaires, c’est d’avoir toujours envie d’aller de l’avant, d’avancer sur son chemin.

En parlant de besoins, vous savez que ceux-ci évoluent, mais savez vous qu’on devrait y répondre dans un ordre bien précis ? C’est la fameuse pyramide de Maslow, qui stipule que les besoins primaires doivent être comblés avant de pouvoir combler les secondaires :

 

A priori, nous avons tous les mêmes besoins dans le fond, ce qui va changer c’est la forme. Quelle forme va prendre tel besoin, ou quelle forme va-t-on lui donner ? Une idée précise de ce qu’on aimerait rendra la tâche bien plus facile.

Vous avez maintenant compris l’importance de suivre votre chemin et d’écouter vos sens. Plus vous serez concentré sur vos sentiments, sensations et ressources, plus vous avancerez. Car vous serez enfin connecté à vous, à votre état sur le moment et vous pourrez enfin aller jusqu’à ce que vous voulez devenir. Cela demande un investissement et des efforts quotidiens. Après, avancer c’est bien, mais avec les autres c’est mieux, donc la question se pose : comment continuer de marcher sur sa voie tout en côtoyant les autres et tout en s’enrichissant mutuellement ?

Plus haut, nous avons dit qu’avant, un individu était obligatoirement inscrit dans un ensemble, « nous », la famille, tout ce qu’il était, faisait et avait était pour elle et pas directement pour lui. Actuellement, l’individu ne s’inscrit pas dans un « nous », mais plus dans un « je ». Cela est bénéfique dans le sens où ça va apporter une liberté à chaque individu, mais ça deviendra négatif si en restant « je » il n’arrive pas à s’inscrire dans un « nous ». Un ensemble source d’interaction, de richesses et de sens. Un ensemble qui construit l’individu dans un sens bénéfique et personnel, et où l’individu peut lui même contribuer à cet ensemble.

Effectivement, un déséquilibre existe toujours. Avant, il n’y avait presque que le « nous », maintenant presque que le « je ». L’idéal serait de rester dans le « je » tout en étant dans le « nous ». 50/50.

Prenons comme exemple Paul, qui dans ces relations voulait absolument se connecter à l’autre et prendre soin de celui-ci. Au début, ce fut un fiasco, car il s’oubliait et le rapport devient déséquilibré, 40% pour Paul et 60% pour l’autre, puis 30/70, 20/80. Là déjà Paul commençait à se sentir mal à l’aise dans la relation, mais quand ça arrivait à 10/90, il se sentait trop mal, inexistant, et il était obligé d’arrêter la relation. L’autre ne comprenait pas et c’était normal. Car il pensait que Paul se situait sur la même longueur d’onde et c’était le cas puisque Paul s’était connecté à l’autre tout en se déconnectant à lui-même. Il avait abandonné ses désirs et besoins au profit de celui de l’autre. Paul, après ses échecs, devient de plus en plus agressif dans ces relations parce qu’il ne voulait plus souffrir donc il se déconnectait complètement de l’autre sans même le connecter à lui. Et là ce fut encore un échec pour lui : les relations étaient source de frustrations, car elles ne lui apportaient rien.

Pour éviter que tout cela n’arrive, nous avons besoin d’inviter régulièrement l’autre dans nos pensées, dans nos besoins et désirs. Afin que lui aussi puisse se connecter à nous. Pour cela, la première règle est de commencer la phrase par « je ». Utilisons « je », pour nos envies, nos désirs, nos pensées. Réservons « tu », pour questionner afin d’approfondir la connaissance sur l’autre, sur ses désirs, besoins & pensées. Pour finalement trouver des désirs communs qui peuvent être satisfaits, des besoins à combler, et des pensées enrichissantes.

La deuxième règle est de ne jamais attribuer des évènements où des phénomènes à des causes stables de notre personnalité ou de la personnalité d’autrui, tout est question de formulation, mais ça change la donne, par exemple : si vous échouez quelque part, au lieu de vous dire : « je suis nul, j’ai échoué. » Vous pouvez vous dire : « actuellement, je me sens nul, j’ai besoin de me sentir compétent. Qu’est ce que je pourrais mettre en place pour cela ? » Cette dernière phrase est beaucoup plus légère et les mots se rapprochent de la vérité, plus que la première phrase, qui proclame juste une sévère sentence, qui implique tout l’être avec le « je suis ». Pourtant l’être est bien plus complexe que ça. L’être est l’être, une totalité. Un sentiment est un sentiment : une partialité. Quand une chose nous arrive, c’est presque toujours à cause d’une chose spécifique, jamais à cause de notre totalité. Pareil pour les autres, ce n’est jamais à cause d’eux, mais à cause d’un comportement ou d’une attitude qu’ils nous provoquent certains sentiments. C’est sur ces comportements que nous pourrons parler, et sur ce que ça provoque en nous, non sur la personne. Par exemple au lieu de dire « tu m’énerves », qui constitue juste un énorme raccourci, nous pouvons dire : « quand tu agis comme ça, je me sens énervé. » C’est déjà beaucoup mieux. Si la personne ne souhaite plus vous énerver, elle aura juste à travailler sur ce comportement. Alors que si vous utilisez la première phrase, elle ne possèdera aucune piste et elle se sentira agressée, ce qui la mettra sur la défensive et le problème ne sera jamais réglé.

Après ça peut être difficile de commencer à parler de ses envies et besoins. C’est un travail et comme chaque travail on doit commencer petit à petit, par la chose qui nous paraît la plus accessible, mais qu’on n’a jamais pris l’occasion de saisir. Par exemple, au début, juste exprimer un sentiment sera possible : « j’aime bien ce jus. »

Ensuite, justifier le sentiment « j’aime bien ce jus, car je trouve particulièrement doux en bouche. »

Quand vous êtes habitué, vous pouvez faire pareil avec votre interlocuteur : « j’aime bien ta coupe de cheveux. »

Ensuite, justifier : « j’aime bien ta coupe de cheveux, car je la trouve originale. »

À ce stade, votre interlocuteur peut déjà se connecter à vous et découvrir votre fonctionnement de pensées.

Puis l’ultime étape c’est la demande : « j’aimerais que t’arrêtes d’agir comme ceci, car ça me fait cela. »

Là, on entre en superficie dans la méthode de communication non violente présentée dans le livre « Cessez d’être gentil soyez vrai ! Être avec les autres en restant soi-même. » de Thomas d’Ansembourg : en résumé, la méthode consiste à

  1. Donner une observation neutre : « Nous avions rendez-vous à 8 h 30, il est 10 h »
  2. Dire son sentiment : « .. Je me sens fâché et inquiet. »
  3. Dire son besoin : « .. J’ai besoin de comprendre ce qui se passe, d’être rassuré sur le fait que je pourrai compter sur toi à l’avenir. »
  4. Finalement faire sa demande : « .. Est-ce tu es d’accord pour m’en parler maintenant ?

Pour plus de détails, je vous invite à lire son livre qui est particulièrement génial, car justement il permet d’arpenter une voie juste, 50/50, de rester connecté à soi tout en étant connecté avec les autres.

 

 

Ce qui permettra au final d’expérimenter des relations enrichissantes et durables, ce qui est un grand facteur de bonheur ! Comme vous pourrez le voir sur cette étude réalisée sur 75 ans, qui a suivi plus de 700 personnes.

https://www.grazia.fr/news-et-societe/news/que-retenir-de-la-plus-grande-etude-jamais-menee-sur-le-bonheur-800727

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.